L’électorat étranger pencherait-il à gauche ?

Une étude parue fin 2014 dans la Revue Suisse de Science Politique met en lumière que le passé migratoire des citoyens peut influer significativement sur leur comportement électoral. En l’occurrence, les données statistiques collectées sur enquête auprès de citoyens suisses naturalisés permettent à l’auteur de l’étude, M.  Oliver Strijbis, de conclure à un biais de leurs opinions politiques favorable à la gauche.

Ayant appris que le professeur Pascal Sciarini avait, au cours d’un récent panel, fait allusion à une telle propension, nous l’avons contacté. Qu’il soit chaleureusement remercié de nous avoir rendus attentif à l’étude en question 1, dont  les intéressés peuvent accéder l’original en langue anglaise à la librairie John Wiley (contre paiement pour les non-institutionnels) et dont je traduis plus bas le résumé.

Mise en garde

Quelques mots sont nécessaires pour éviter les extrapolations hasardeuses au cas qui intéresse DPGE, celui des étrangers résidents inclus dans l’électorat municipal depuis les élections de 2007. L’étude mentionnée teste la validité du biais favorable à la gauche, constaté dans divers pays européens, sur le cas suisse, particulièrement favorable à ce type d’investigation statistique. De fait, en dépit du caractère notoirement restrictif de l’accès à la naturalisation helvétique, la proportion d’électeurs faisant preuve d’un passé migratoire de première ou seconde génération y est relativement élevée. Mais l’échantillon de population concernée ne contient par définition aucun étranger et l’étude s’appuie nécessairement sur les élections fédérales auxquelles ces derniers ne peuvent prendre part. De surcroît, la structure sociale de la fraction étrangère de l’électorat municipal genevois est de nature bien particulière vu le poids de la Genève internationale.

Le professeur Sciarini nous a confirmé ne pas avoir connaissance pour l’heure d’études ciblées sur les populations concernées par le cas genevois ou à défaut celui d’autres cantons romands où des résidents restés étrangers ont accès au vote municipal ou cantonal. En leur absence, le biais favorable à la gauche des naturalisés ne saurait à notre avis être conjecturé pour les étrangers résidents que par analogie, ou faire l’objet de spéculations aussi intéressées qu’imprudentes.

En tout état de cause, ce que défend DPGE est bien entendu totalement indépendant d’hypothèses et spéculations sur le futur comportement électoral ou les opinions politiques des résident-e-s concernée-e-s par les extensions à caractère démocratique que l’association réclame.

Résumé

Voici la traduction par mes soins du résumé de l’article en question, très fouillé.

La recherche sur les choix électoraux de citoyens avec arrière-plan migratoire est restée jusqu’ici largement descriptive. Ce qui fait défaut, c’est une validation systématique des théories expliquant le comportement électoral d’individus avec passé migratoire. Le présent article fournit une telle validation sur la base d’une enquête post-électorale conduite en Suisse suite aux élections fédérales de 2011. C’est la première étude du genre sur le comportement électoral de suisses de première ou seconde génération. Et elle montre que leur histoire migratoire spécifique a une  influence considérable sur leur vote. En particulier, les individus avec passé migratoire appartenant à des exogroupes 2 ont une propension plus élevée à voter à Gauche que les natifs. Cette relation est partiellement expliquée par l’affiliation partisane des citoyens faisant partie de tels exogroupes.

Notes:

  1. Il avait déjà été fait référence à cette étude à l’automne 2014 dans un article de 20 minutes
  2. Terme de sociologie des identités sociales et conflits intergroupes ici opposé à l’endogroupe constitué par les suisses dits natifs, au passé migratoire ancien ou inconnu (Note du traducteur)

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