Neuchâtel: solidarité dans l’adversité

Le 25 septembre 2016 avait lieu à Neuchâtel une votation qui, dans l’esprit des promoteurs de l’éligibilité cantonale des étrangers, devait marquer d’une pierre blanche l’adhésion du corps électoral à cette avancée, et définitivement consacrer à l’avant-garde helvétique le canton où l’égalité en matière de droits civiques indépendants de la nationalité avait les plus anciennes racines de Suisse.

Hélas les espoirs de nos amis neuchâtelois, et les nôtres, ont été douchés.

Le décret du 21 juin étendant en première suisse le droit d’éligibilité cantonale à des personnes étrangères (voir les détails dans l’historique en fin d’article), n’a obtenu que 45,96% des suffrages. Cette déception ne doit pourtant pas masquer que cette cause est malgré tout en progrès de 5% avec 1342 voix de plus malgré une chute de participation de près de 5% 1.

Lire ci-dessous le message de solidarité et d’encouragement à persévérer que notre comité a adressé à tous les partisans de cette extension.

Notre message de solidarité du 27 septembre 2016

Chers amis neuchâtelois de la cause citoyenne cantonale sans frontière de nationalité,

le comité DPGE, hier soir réuni pour mettre au point notre propre consultation populaire du 15 octobre sous forme de scrutin ouvert à tous, a du prendre note avec regret de votre échec d’avant-hier, dimanche 25 septembre, à mobiliser une majorité de l’électorat de votre canton, en faveur de l’éligibilité.

Avant que nous ayons l’opportunité d’analyser, avec votre aide, les raisons d’un insuccès qui, s’il pèsera nécessairement quelques années avant récidive, n’est forcément que provisoire, et marque tout de même un progrès vers votre objectif, nous tenons à vous faire un petit signe qui se distancie par avance des reproches que quiconque serait amené à vous faire pour avoir une fois encore voulu audacieusement tenter le destin.

Aussi, permettez-nous de vous dire que nous prendrons exemple sur vous en matière d’opiniâtreté et que nous ne lâcherons pas dans nos tentatives de préparer l’opinion à sauter au moins une première marche dans la direction que vous avez prise depuis si longtemps, et qui reste à Genève plus que jamais notre objectif. Vaincre le scepticisme de nos compatriotes, amener les étrangers à se mobiliser plus qu’ils ne le font pour témoigner de leur propre volonté de participation civique, tel est le programme continu et obstiné, qui déjà ne manque pas d’ambition à Genève, que nous nous fixons.

Avec nos plus chaleureux encouragements et une amitié que les déboires raffermissent.

N.B. Ce message a été envoyé aux adresses en notre possession d’élus neuchâtelois ou à défaut à leurs formations pdc, socialistes, verts, verts-libéraux, plr-ville et solidarités, s’étant investis en faveur de l’octroi de l’éligibilité le 25 septembre. Vous pouvez bien entendu le diffuser à quiconque à vos yeux mérite cet encouragement à persévérer.

Avec mes meilleures salutations

Dario CIPRUT

Au nom de l’association Droits Politiques pour les résident-e-s à Genève
info@dpge.ch , www.dpge.ch

Un brin d’histoire

Le droit de vote communal aux étrangers, pour lequel Genève a dû batailler jusqu’en 2005, remonte à Neuchâtel en effet à l’avènement de la République en 1848. Il a subi une éclipse de 1861 à 1874 et même comporté jusqu’en 1888 une éligibilité, dont seules demeurent des traces spécifiques dans les commissions scolaires et des institutions judiciaires comme les prudhommes. Le droit de vote sur le plan cantonal a, lui, été inclus dans la nouvelle constitution cantonale approuvée en l’an 2000, sur la base d’un permis d’établissement de plus de 5 ans. L’initiative « pas de démocratie au rabais », menée par les associations d’étrangers appuyés par des partis et organisations populaires, réclamant l’éligibilité sur les deux plans, validée en 2004, a fait en 2006 l’objet d’un contre-projet de l’exécutif la limitant au plan communal. C’est ce contre-projet qui a eu les faveurs des votants le 27.6.2007 par 54,40%, l’original se trouvant rejeté simultanément par 59,32%. C’est donc neuf ans plus tard qu’une majorité du Grand Conseil s’étendant cette fois aux Verts libéraux, à une fraction du PLR et bénéficiant de l’appui de l’exécutif, est revenue à la charge, aboutissant en 3ème débat à soumettre à référendum obligatoire un décret gouvernemental modifiant la constitution  (voir sur ce point la référence sur notre site et pour l’historique précédent le site de Gisèle Ory et les présentations neuchâteloises d’Henri Vuillomenet et Gianfranco de Gregorio à notre table-ronde du 23 février ).

Notes:

  1. 23432 OUI et 38,13% de participation, contre 22000 OUI soit 40,68% avec 42,80% de participation

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